Entretien privé
July 30th, 2007Durant un instant, elle se trouva dans un rêve argenté et cotonneux. Nageant dans une sensation de bien être, elle contemplait des souvenirs qui ne semblaient pas être les siens. Une femme très belle lui souriait. Elle posait un explosif. On la passait à tabac dans une petite salle sombre. Elle avait également une impression de douleur, mais très lointaine, comme si cette sensation n’avait pas de rapport avec elle. Puis brusquement, elle eu l’impression qu’on avait accroché un hameçon sur chaque centimètre carré de sa peau et qu’on la tirait brusquement en arrière à une vitesse folle. Elle se demanda d’ailleurs comment sa peau pouvait ne pas céder sous un tel traitement. Et un instant, elle se retrouva plongé dans son corps.
Elle était saisie de convulsion et tous ses muscles étaient douloureux. Sa peau lui semblait brulante, prête à s’embraser, et ses yeux roulaient dans ses orbites sans aucune cohérence. Son cerveau lui donnait l’impression de vouloir jaillir de sa boite crânienne et ses oreilles était martelées au rythme de sa circulation sanguine. Enfin, au bout d’un temps qui lui sembla durer une éternité, la tension diminua et sa tête tomba mollement sur sa poitrine. Reprenant sa respiration avec difficulté, elle ne put contenir un haut le cœur et laissa s’échapper un jet de bile qui éclaboussa ses seins dénudés. Ouvrant les yeux, elle tenta alors d’analyser la situation. Elle était attachée, complètement nue, sur ce qui semblait être une vieille chaise électrique. Un appareillage moderne avait été fixé sur son cœur, sans doute pour empêcher qu’elle ne meure avant d’avoir parlé. Ses jambes et sa poitrine étaient couvertes de vomi et de sang séché. Son nez saignait encore. Relevant péniblement la tête elle ne put que constater qu’elle était dans une pièce sombre et qu’on avait braqué un spot sur son visage. A peine eu t-elle le temps de déceler un mouvement sur sa droite qu’un coup violent lui heurta la mâchoire, envoyant sa tête frapper l’appareillage électrique du fauteuil.
« Mais bordel, tu vas parler, Salope !!! Qui es-tu ? Quel est ton vrai nom ? Qui es-tu vraiment ? »
Là-dessus, deux nouveaux coups vinrent frapper son visage avant qu’une voix n’intervienne.
« C’est bon colonel, laissez là.
- Mon général, sauf votre respect, laissez moi encore quelques heures avec elle, et je vous assure que je lui ferai dire tout ce que vous aurez envie d’entendre. Elle est pratiquement sur le point de craquer et…
- Cessez donc de vous voiler la face colonel. Vos méthodes ont fait leur temps. Vous avez fait un excellent travail durant la guerre et je vous remercie d’avoir accepté de reprendre du service pour cette occasion, mais je ne pense pas que vous réussirez à obtenir quoi que ce soit d’elle. Nous avons affaire à une coriace, et il nous faudra user d’autres stratagèmes pour arriver à nos fin. »
Les deux hommes se dévisagèrent un instant, puis finalement, le colonel marmonna un « bien mon général » avant de s’éloigner d’un pas déterminé. Arrivé à la porte, il fut de nouveau interrompu par le général qui lui déclara :
« Colonel, ne croyez pas que j’ignore tout ce que notre empire vous doit. Je sais très bien les sacrifices que vous avez consentis par le passé pour la gloire du Grand Théologien. J’ai eu connaissances de vos nombreux exploits passés, de votre abnégation face au devoir, de tout ce que vous avez accompli alors mais… »
Il l’interrompit sèchement.
« Puis-je disposer ? »
Le général poussa un long soupir.
« Vous pouvez disposer. » Après un silence de quelques minutes, le général ordonna :
« Nettoyez et soignez la prisonnière, puis conduisez-la à mon appartement avec les précautions habituelles. Je l’attends pour six heures.
- Bien mon général »
Sur ces mots, il sortit de la pièce d’un pas rapide, et quelques secondes plus tard, la jeune femme sombra dans un profond sommeil artificiel.
Lorsqu’elle rouvrit les yeux, elle était allongée sur un sofa confortable et doux, vêtue d’une très belle robe de soirée. On l’avait lavée et coiffée soigneusement, et elle ne ressentait plus aucune douleur physique. Au contraire, elle était sereine et détendue, sans aucun doute grâce à une drogue dont elle allait devoir payer les effets tôt ou tard. Une musique calme et apaisante résonnait dans la pièce tandis que la climatisation portait à ses narines les odeurs enivrantes d’une forêt terrienne. Se redressant un peu, elle remarqua le général assis en tailleur sur un grand lit un peu à l’écart d’elle, plongé dans l’étude de nombreux papiers déposés en vrac autour de lui. A coté de son divan se trouvait une table basse contenant des fruits de toute la galaxie, et un petit couteau dont elle se saisit le plus discrètement possible avant de le glisser dans sa manche. Examinant le reste de la pièce elle put constater qu’elle se trouvait bel et bien dans ce qui devait tenir lieu de cabine au général en personne : une pièce de grande dimension, assez richement meublé, mais très fonctionnelle. Lorsqu’elle eut fini de parcourir les lieux du regard, elle termina de se redresser et s’assit lentement, prise de violents élancements dans les tempes. Le général sembla alors remarquer sa présence.
« N’allez pas trop vite. Même si le personnel qui s’est occupé de vous est très compétent, vous avez subi un traitement particulièrement agressif au cours des dernières heures, il faut donc que vous vous ménagiez.
- Je ne me souviens de rien.
- C’est normal. Je suppose que vous ignoriez que la puce qui se trouve dans votre cerveau est programmée pour effacer vos derniers souvenirs lorsqu’elle détecte un pic de douleur. Je pense que le but était justement de vous permettre de résister à ce genre de traitement. Dans la mesure où vous ne vous souvenez pas de la douleur, vous n’en avez plus peur, et ces traitements deviennent beaucoup moins efficaces.
- Vous le saviez et vous m’avez quand même fait torturer ? Pourquoi ?
- Vous avez tenté de m’assassiner. Il fallait que je me venge. Bien sur, j’aurais pu prendre sur moi et attendre que ma colère passe, mais ça aurait pris beaucoup plus de temps. Du temps que nous n’avons pas.
- Vous êtes abominable.
- Si vous voulez. En attendant, n’oubliez pas que vous avez voulu ma mort et que pourtant vous êtes toujours en vie.
- Bien sûr. Vous avez besoin de moi. »
Le général interrompit un instant sa lecture pour la dévisager. Il avait des yeux sombres et perçants qui laissaient entrevoir une grande mélancolie. Il semblait lire à travers elle. Puis replongeant dans ses papiers, il reprit.
« En êtes-vous bien sure ?
- Vous voulez savoir qui est assez influent pour placer ses agents au sein même de vos troupes et qui m’a demandé de vous tuer et pourquoi je…
- Non, ça je le sais très bien, c’est le Grand Théologien en personne.
- …
- Et bien, à quoi vous attendiez vous de la part du Général des Forces de Renseignement ? Encore que dans le cas présent, il ne faille pas beaucoup de jugeote pour discerner la patte grossière de notre cher Grand Théologien derrière cette mascarade de coup d’état.
- Comment osez-vous parlez ainsi du Dieu de la galaxie ? »
Une fois de plus, il s’interrompit pour la dévisager.
« Le respectez-vous vraiment ?
- Et bien… Il est mon Dieu, et le votre, et celui de toute chose en ce monde et…
- Vous ne répondez pas à ma question. Ne le jugez-vous pas trop « machiste » ?
- N…Non, pas du tout… Je… Je ne vois pas de quoi vous voulez parler.
- Durant les deux années que vous avez passées ici, si vous avez toujours su garder en public l’apparence d’une gentille fille obéissante et coquine, nos équipes de surveillances interne ne manquaient pas de vous classer dans les « psychotiques », les « dangereusement en rébellion avec le système » et finalement les « féministes aggravées ».
- Vous me faisiez surveillez ?
- Comme tout le monde à bord de ce vaisseau. Il y a au moins trois caméras et micros par cabine, vous auriez dû vous en douter.
- Même ici.
- Ici ? Bien sur que non !
Il sourit
- En réalité, oui, il y a bien un micro et une caméra dans cette pièce, mais ils y sont à ma demande et pour mes besoins personnels. On n’est jamais trop prudent.
- Il est curieux de voir un homme comme vous utiliser encore le papier à notre époque.
- Là-dessus, je ne désavouerai pas les anciens. Un papier est plus facile à protéger qu’un support numérique, c’est déjà une première forme de protection du secret.
- Et pourquoi ne pas m’avoir arrêté si vous saviez que j’étais un agent infiltré ?
- Pour éviter des complications politiques et pour être sur de savoir sur qui porter notre attention. »
Durant quelques minutes, il n’y eut plus un mot échangé. Puis la jeune femme se leva et se dirigea lentement vers le général, serrant très fort dans sa main le petit couteau qu’elle avait ramassé. Arrivée au pied du lit, elle s’interrompit et demanda :
« Vous n’avez pas peur de rester ainsi seul à seul avec moi ?
- Si vous faites référence au petit couteau que vous tenez dans votre main, je pense que je serais en mesure de vous maitriser. Mais comme en toute logique nous avons placé sur vous un inhibiteur, je n’en aurai bien entendu pas besoin.
- Vous êtes vraiment si sûr de vous ? Imbu de votre personne, bouffi d’arrogance, vous êtes bien…
- Un homme ? C’est ce que vous vouliez dire ?
- Non, ce n’est pas du tout ce que je voulais dire. Et puis d’abord, pourquoi m’avez-vous amené ici ? Vous ne vouliez pas me faire parler tout à l’heure ?
- Je vous l’ai déjà dit, si j’ai laissé le colonel Mac Michigan s’occuper de vous, c’était uniquement par besoin de vengeance, et cela tout en sachant que vous n’en garderiez aucun souvenir. Quand à vous faire parler, vous avez raison, j’aimerai avoir des réponses, mais vous m’en avez déjà donné quelques unes.
- C’est faut, je n’ai rien dit !
- Détrompez-vous. Vos questions sont très intéressantes car révélatrice de ce que vous ne savez pas ou de ce que vous ne comprenez pas. Votre puce par exemple. On peut raisonnablement penser que vous ne l’avez pas reçu de votre plein gré puisque vous n’en connaissez pas tous les effets. Votre obéissance au grand théologien d’autre part. Tout laisse à penser qu’elle vous a été imposée par une manipulation mentale. Cependant toute manipulation à ses limites, et aucune méthode ne permettrait d’amener une femme comme vous à un tel degré obéissance vis-à-vis d’un être qu’elle déteste à ce point. Alors j’aimerai savoir qu’est ce qui vous pousse à agir ainsi ?
Après lui avoir jeté un regard glacé, elle répondit :
- Si je vous disais qu’il détient mon fils ?
Le général porta sur elle un regard intrigué, puis après quelques instants déclara :
- Je vous répondrai que ce n’est pas vrai. Nous savons que vous n’avez pas…
Vive comme l’éclair la jeune femme sortit alors le couteau qu’elle avait gardé et se rua vers le général. Malheureusement, à mi-chemin de son objectif, ses muscles l’abandonnèrent et elle tomba inconsciente au pied du lit.